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Entretien avec M.DENG Li, l’Ambassadeur de Chine en France, à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la victoire de la Guerre de Résistance contre le Japon
2025-09-11 00:40

(Article publié le 3 septembre 2025 dans le quotidien Nouvelles d’Europe, traduit du chinois.)

L’ambassadeur DENG Li revient sur l’esprit de résistance, la contribution historique de la Chine à la victoire mondiale sur le fascisme, le rôle de la diaspora en France, ainsi que sur la vision de la Chine pour la paix et le multilatéralisme dans le monde d’aujourd’hui.


Q: À l’occasion de la commémoration solennelle par le peuple chinois du 80ᵉ anniversaire de la victoire de la Guerre de Résistance contre le Japon, comment résumeriez-vous « l’esprit de résistance » et la contribution de la Chine ?

R: Le président Xi Jinping a donné l’explication la plus claire de cet esprit : « Au cours du grandiose processus de la guerre de résistance contre le Japon, le peuple chinois a forgé un grand esprit de résistance, manifestant au monde que le sort de la nation concerne chacun, mais aussi une intégrité préférant la mort à la soumission, un héroïsme prêt à combattre jusqu’au bout face à la violence, ainsi qu’une foi inébranlable en la victoire. »

C’est précisément cet esprit qui a soutenu le peuple chinois dans une lutte sanglante de quatorze années contre l’envahisseur japonais, dans des conditions extrêmement difficiles. En tant que principal champ de bataille en Orient de la guerre mondiale contre le fascisme, le front chinois a longtemps contenu l’essentiel des forces terrestres japonaises, anéantissant 1,5 million de militaires ennemis et déjouant leurs projets de progression vers le nord comme vers le sud.

Durant la guerre, les pertes humaines, civiles et militaires en Chine se sont élevées environ à 35 millions de personnes, et celles économiques, converties selon les valeurs de 1937, ont dépassé 600 milliards de dollars américains. Derrière ces chiffres accablants, il y a eu des montagnes et des fleuves dévastés, des dizaines de millions de familles brisées, mais aussi et surtout la détermination du peuple chinois à ne pas craindre le sacrifice et à poursuivre résolument son indépendance et son bonheur.

Mao Zedong, dans son livre De la guerre prolongée, avait scientifiquement prédit les étapes de la guerre de résistance contre le Japon – « défense stratégique, résistance stratégique, contre-offensive stratégique ». Il a formulé la ligne directrice d’une guérilla large et en profondeur, soulignant que « l’armée et le peuple sont la source de la victoire », et a abouti à la brillante conclusion selon laquelle « la guerre de résistance contre le japon sera une guerre prolongée, et la victoire finale appartiendra à la Chine », apportant à la Chine en profondes souffrances, l’espoir d’un triomphe à venir. Des grandes batailles du front principal – la bataille de Shanghai, la victoire de Taierzhuang –, aux victoires en territoire occupé – la bataille de Pingxingguan, la campagne des cent régiments –, sans oublier les Guérillas ferroviaires,« la tactique des moineaux », les combats souterrains et des mines, l’armée et le peuple chinois, unis, ont plongé les envahisseurs japonais dans l’océan sans fin de la guerre populaire.

Pendant la guerre, la Chine a fourni à l’Union soviétique et aux États-Unis des renseignements cruciaux et en temps utile, envoya 100 000 militaires expéditionnaires à combattre en Birmanie, protégea le retrait des forces alliées dans des conditions extrêmement difficiles et remporta de grandes victoires lors de la contre-offensive au nord de la Birmanie. L’armée et le peuple chinois combattirent aux côtés des Tigres volants américains et sauvèrent les prisonniers britanniques du navire Lisbon Maru. De tels exemples sont innombrables, et ils constituent l’immense contribution du peuple chinois à la victoire mondiale sur le fascisme.

Ni la mitraille ni les bombes n’ont pu ébranler la solidité de la nation, ni le feux et la fumée de la guerre n’ont pu étouffer l’éclat de la foi. Le grand esprit de résistance demeurera à jamais une source d’inspiration pour le peuple chinois, l’encourageant à surmonter toutes les épreuves et obstacles pour lutter dans l’accomplissement du grand renouveau de la nation chinoise.

Q: Récemment, des chercheurs et historiens français ont publié dans Nouvelles d’Europe des articles remettant en cause et critiquant des occidentaux qui, depuis longtemps, ignorent le rôle et la contribution de la Chine dans la Seconde Guerre mondiale. Tout récemment, l’ambassade de Chine en France a organisé une cérémonie de remise de photographies historiques de la guerre de résistance offertes par un ami français. Les descendants de personnalités françaises, tels que ceux du docteur Bussière (Jean-Augustin, 1872-1958), qui avaient participé ou soutenu la résistance chinoise, ont également pris la parole pour témoigner de l’engagement de leurs aïeux. Selon vous, du point de vue académique et populaire, comment peut-on reconstruire une juste vision de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ?

R: Comme ce que le président Xi Jinping a dit : « L’histoire est l’histoire, les faits sont les faits, et nul ne peut les changer. »

Nous devons encourager davantage de chercheurs à l’échelle internationale à étudier activement les archives de la résistance chinoise, à approfondir leurs recherches et à restituer dans leur intégralité la réalité du principal champ de bataille oriental, afin de mettre en lumière la contribution historique de la Chine et les immenses sacrifices du peuple chinois. C’est ainsi que nous défendrons la justice historique et que nous rendrons des comptes à l’histoire, aux martyrs, et au monde entier.

Les témoignages historiques les plus vivants sont ceux qui touchent le plus le cœur des hommes. Pendant la guerre, le père Robert Jacquinot de Besange a établi à Shanghai une « zone de sécurité » qui protégea 300 000 civils. Le médecin français Bussière, au milieu des balles et des bombardements, mit en place une ligne d’approvisionnement à vélo pour acheminer des médicaments vers les bases de résistance. Le 4 août, l’ambassade de Chine en France a organisé une cérémonie marquant la remise, par un ami français, M. Marcus, de photographies de la guerre à des institutions chinoises, ramenant ainsi cette mémoire transnationale « à la maison ».

Nous devons, avec les peuples épris de paix et de progrès dans le monde, prendre les faits comme preuve et la conscience comme guide, faire émerger la vérité et restituer au champ de bataille oriental la place qui lui revient, afin de préserver ensemble les acquis de la victoire de la Seconde Guerre mondiale.

Q: Après la guerre, la Chine a participé en tant que pays victorieux à la signature de la Déclaration des Nations unies, devenant l’un des principaux fondateurs de l’ordre international d’après-guerre. La Chine a toujours défendu cet ordre. Dans le contexte actuel marqué par de fréquents conflits géopolitiques, selon vous, quelles tendances et pratiques menacent cet ordre ?

R: L’histoire n’avance jamais en ligne droite, elle progresse dans la complexité et les détours. Le monde d’aujourd’hui n’est pas paisible : les conflits géopolitiques et les frictions économiques et commerciales se multiplient. En profondeur, trois contre-courants en sont responsables :

1. Premièrement, la politique de puissance et l’unilatéralisme dominateur, qui considèrent les règles internationales comme des instrument privé, imposent des doubles standards de par leur position de force , élargissent arbitrairement le champ de leur sécurité à l’économie et à la technologie afin de chercher à ramener le monde à la loi de la jungle où règne le plus fort. Deuxièmement, la logique de guerre froide et la confrontation de blocs, qui dressent des «clôtures élevées mais sur de petites parcelles», favorisent le découplage et la rupture des chaînes, cultivent les divisions et les oppositions selon une logique de jeu à somme nulle afin d’établir leur propre « sécurité absolue » sur l’« insécurité » des autres. Troisièmement, le nihilisme historique, qui embellit l’agression, brouille la distinction entre agresseurs et victimes, nie les procès de Nuremberg et de Tokyo, et va jusqu’à renverser le vrai et le faux en justifiant ouvertement l’histoire de l’agression, sapant ainsi les fondements mêmes de l’ordre international d’après-guerre.

En tant que premier pays à avoir signé la Charte des Nations unies, la position de la Chine est constante. Le président Xi Jinping l’a rappelé à l’Assemblée générale des Nations unies : «Dans le monde, il n’existe qu’un seul système, celui des Nations unies en son cœur ; il n’existe qu’un seul ordre, celui fondé sur le droit international. » Nous devons réaffirmer le consensus le plus largement reconnu par la communauté internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale : la légitimité de l’ordre repose sur la « reconnaissance commune », et non sur la « volonté des puissants ». La justice historique, acquise au prix de dizaines de millions de vies, ne saurait être profanée. Toute tentative de contourner l’ordre établi, de détourner des biens publics à des fins privées, ou de falsifier l’histoire, constitue une provocation à l’égard de l’ordre international d’après-guerre et une trahison de la mémoire collective de l’humanité.

Il convient de souligner que le retour de Taïwan à la Chine fait partie intégrante des acquis de la victoire de la Seconde Guerre mondiale et de l’ordre international d’après-guerre. C’est la victoire du peuple chinois dans la guerre de résistance contre le Japon qui a permis à Taïwan de revenir au sein de la patrie. La déclaration du Caire, celle de Potsdam, l’acte de capitulation du Japon et une série d’autres documents ayant valeur juridique internationale ont tous confirmé la souveraineté de la Chine sur Taïwan. L’autorité de la résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations unies est incontestable. Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois, et l’unification de la Chine est une nécessité historique inéluctable.

Q: Aujourd’hui, l’hégémonisme domine et le multilatéralisme établi après la Seconde Guerre mondiale est confronté à de graves défis. La Chine et la France sont toutes les deux des partisans et des praticiens du multilatéralisme. Selon vous, les deux pays peuvent-ils renforcer leur coopération pour défendre un ordre mondial fondé sur le droit international ? Quels domaines devraient être prioritaires ?

R: Mettre en pratique un véritable multilatéralisme constitue l’idéal commun de la Chine et de la France, ainsi que leur plus grand dénominateur commun dans la promotion de la coopération internationale.

Ces dernières années, les chefs d’État chinois et français se sont rencontrés à de multiples reprises, établissant d’importants consensus autour de la défense du droit international et du multilatéralisme. En 2015, lors de la conférence de Paris sur le climat, la Chine et la France se sont unies pour faire entendre la voix la plus forte face au défi climatique. En 2019, les deux pays ont publié une déclaration conjointe sur la défense commune du multilatéralisme et l’amélioration de la gouvernance mondiale, réaffirmant leur engagement en faveur d’un multilatéralisme fondé sur le droit international. En 2024, à l’occasion de la visite du président Xi Jinping en France, les deux parties ont publié quatre déclarations conjointes concernant la situation au Moyen-Orient, l’intelligence artificielle et la gouvernance mondiale, la biodiversité et les océans, ainsi que la coopération agricole, traduisant le multilatéralisme en actions concrètes sur des sujets spécifiques.

Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai qui s’est tenu récemment à Tianjin, le président Xi Jinping a solennellement présenté l’Initiative pour la gouvernance mondiale, appelant la communauté internationale à pratiquer l’égalité souveraine, à respecter l’État de droit international, à mettre en œuvre le multilatéralisme, à promouvoir une approche centrée sur l’humain et à privilégier une action concrète. Il s’agit, après l’Initiative pour le développement mondial, l’Initiative pour la sécurité mondiale et l’Initiative pour la civilisation mondiale, de la quatrième grande initiative proposée par la Chine, apportant une nouvelle contribution de sagesse et de solutions chinoises au renforcement et à l’amélioration de la gouvernance mondiale.

2. Tournés vers l’avenir, la Chine et la France doivent prendre pour guide les importants consensus établis par leurs chefs d’État. Ensemble, ils doivent défendre la paix, renforcer leur coordination dans le cadre du Conseil de sécurité des Nations unies et d’autres mécanismes, et contribuer à l’apaisement des crises internationales. Ils doivent s’opposer fermement au protectionnisme et au phénomène des «clôtures élevées mais sur de petites parcelles», préserver la stabilité et la fluidité des chaînes industrielles et d’approvisionnement mondiales, et faire du système commercial multilatéral une voie rapide vers le développement pour tous les pays, et non un champ de confrontation. Enfin, ils doivent conjointement orienter l’avenir, approfondir leur coopération dans les nouveaux domaines que sont la lutte contre le changement climatique, l’économie numérique et la transition écologique, et transformer en actions les engagements pris dans l’accord de Paris et le cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal, afin d’apporter une contribution sino-française au développement durable de l’humanité. Je suis convaincu que la coopération sino-française insufflera davantage de certitude dans un monde en proie à l’instabilité.

Q: Depuis le déclenchement de la guerre d’invasion du Japon contre la Chine, les communautés chinoises d’outre-mer ont constitué une force essentielle de soutien à la résistance nationale. En France, les Chinois d’outre-mer ont créé des associations de salut national, organisé des collectes, publié des journaux… Comment évaluez-vous la contribution des Chinois de France à l’effort de résistance ?

R: La contribution des Chinois de France était comme une écume venant se fondre dans l’océan de la résistance nationale ; nous devons l’honorer à jamais.

En septembre 1936, l’« union des Chinois d’Europe pour la résistance et le salut national » fut fondée à Paris. Ayant pour objectif « l’unité de tous les compatriotes d’Europe, la mobilisation générale et la résistance pour le salut national », elle devint une plateforme commune de coordination et un centre de mobilisation de la diaspora en Europe.

En décembre 1935, le journal Au secours de la patrie, unique quotidien chinois publié à l’étranger durant la guerre, vit le jour à Paris. Il parut en tout 152 numéros, couvrant la résistance en Chine et l’engagement de la diaspora, suscitant un écho considérable en Chine comme à l’étranger, et ouvrant ainsi un véritable « front lointain ».

En 1945, lors du VIIᵉ Congrès du Parti communiste chinois, Mao Zedong, revenant sur la guerre de résistance, souligna hautement le rôle des Chinois d’outre-mer qui, par leurs dons, avaient soutenu l’effort de résistance. Selon les statistiques, entre le second semestre 1937 et 1940, les Chinois d’outre-mer envoyèrent plus de 3 000 lots de matériels divers à la Chine. Chaque journal expédié, chaque spectacle ou vente caritative organisée par la communauté chinoise en France, constituait un soutien direct au front.

Le président Xi Jinping a dit: « La réalisation du grand renouveau de la nation chinoise exige les efforts conjoints des Chinois de l’intérieur et de l’extérieur du pays. » Situés à ce nouveau tournant de l’histoire, nous espérons que nos compatriotes en France continueront de faire vivre la noble tradition d’amour de la patrie et de la terre natale, qu’ils uniront leur cœur et leur engagement au grand œuvre du renouveau national, et qu’ils contribueront de nouveau à l’amitié sino-française, à la cause de la réunification et à la modernisation de la patrie.

Q: Alors que l’ombre de la menace nucléaire resurgit à l’occasion de conflits actuels, la Chine demeure le seul pays à s’être engagé à ne jamais employer l’arme nucléaire en premier. Selon vous, en quoi reflètent-ils, l’essor pacifique de la Chine et sa diplomatie de paix ainsi que l’esprit central de l’initiative du président Xi Jinping visant à « construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité » ?

R: Le 16 octobre 1964, le jour même où la Chine fit exploser avec succès sa première bombe atomique, le gouvernement chinois déclara solennellement que, « en toutes circonstances et à tout moment, la Chine ne recourra jamais en premier à l’arme nucléaire ». Cet engagement constitue la pierre angulaire de la politique nucléaire de la Chine.

Il ne s’agit pas d’une mesure de circonstance, mais d’un choix de valeurs. Tout comme la Grande Muraille fut bâtie pour défendre et non pour attaquer, la route de la soie tracée pour commercer et non pour conquérir, ou encore les expéditions maritimes de Zheng He qui portèrent l’amitié et non les canons, la civilisation chinoise a toujours compris le principe de l’interdépendance et du sort partagé : « qui aime la guerre périt, qui domine décline » est une sagesse héritée de cinq millénaires de civilisation. Dans les temps modernes, bien que la Chine ait subi l’invasion des puissances étrangères, elle a tiré de ces épreuves la leçon de l’autonomie et de l’affermissement, et non celle d’imposer à d’autres peuples les souffrances qu’elle avait elle-même endurées.

C’est sur la base de cette tradition historique et de ce socle civilisationnel que le président Xi Jinping a proposé l’importante vision de « communauté d’avenir partagé pour l’humanité » ainsi que « l’initiative pour la sécurité mondiale ». Ces concepts appellent à bâtir un monde de paix durable et de sécurité universelle, en élevant une pensée de paix ancrée dans la vie quotidienne au rang de principe commun pour l’humanité. La « voie du développement pacifique » a été inscrite dans la Constitution chinoise, consacrant ainsi la volonté de l’État de ne rechercher ni l’hégémonie, ni l’expansion.

La Chine est le deuxième contributeur au budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU et celui qui déploie le plus grand nombre de Casques bleus parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. Elle a participé à 29 opérations de maintien de la paix, mobilisant plus de 49 000 militaires et personnels. Depuis 2008, la marine chinoise escorte en continu les convois dans le golfe d’Aden et au large de la Somalie. La Chine a créé le fonds Chine–ONU pour la paix et le développement, contribué au rétablissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran, facilité le cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande, et publié des positions sur le règlement politique de la crise ukrainienne et du conflit israélo-palestinien, multipliant les efforts de médiation et de dialogue, ne cessant de traduire les engagements de paix en actions concrètes.

La Chine continuera de brandir haut l’étendard de la communauté d’avenir partagé pour l’humanité, de suivre la voie du développement pacifique et de travailler main dans la main avec la communauté internationale pour préserver la paix et la sécurité mondiales, afin que la lumière de la paix éclaire le foyer commun de l’humanité.

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