Interview accordée par l'Ambassadeur Lu Shaye à l'Opinion
2021-06-18 02:03

Le 15 juin, l'Ambassadeur de Chine en France Lu Shaye a accordé une interview exclusive à l'Opinion sur le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, la COVID-19, la « diplomatie du loup combattant », les relations sino-américaines et sino-européennes, ainsi que les questions liées au Xinjiang et à Taiwan. Voici l'intégralité de l'interview :

Q : Bonjour, Monsieur l'Ambassadeur.

R : Je suis très content de vous revoir.

Q : Dans quelques jours, la Chine va célébrer le centième anniversaire de création du Parti communiste chinois. C'est un moment important dans l'histoire du pays. En même temps, c'est une étape vers l'anniversaire plus important encore qui sera le 100e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Quel message la Chine veut adresser au reste du monde à travers ce premier symbole sur lequel le Président Xi Jinping a beaucoup insisté depuis qu'il est arrivé au pouvoir en novembre 2012 ?

R : Cette année est le 100e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC). Depuis ces 100 ans, le PCC reste toujours fidèle à son engagement initial, à savoir œuvrer au bonheur du peuple chinois et au renouveau de la nation chinoise. Maintenant on peut voir que le PCC a réalisé ses promesses et engagements. Il a dirigé le peuple chinois à transformer une Chine pauvre et démunie en deuxième économie du monde. La puissance globale du pays a été largement renforcée et le niveau de vie de la population a été considérablement amélioré. Maintenant, le PIB par habitant de la Chine a atteint déjà 10 000 dollars en 2019. Nous avons réussi l'éradication de la pauvreté absolue, sorti pendant les quarante dernières années plus de 800 millions de personnes de la pauvreté absolue, et contribué à plus de 70% à la réduction de la pauvreté du monde. Dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, la Chine a aussi observé ses engagements. De 2005 à 2018, elle a réduit de 45,8% son intensité carbone par unité de PIB. L'année dernière, le Président Xi Jinping a proclamé officiellement que la Chine atteindrait le pic d'émissions de CO2 en 2030 et réaliserait la neutralité carbone en 2060. C'est un engagement solennel vis-à-vis de la communauté internationale. Si la Chine le dit, elle va certainement le réaliser.

Q : C'est un défi très très très ambitieux.

R : On doit déployer d'énormes efforts pour atteindre ces objectifs. Depuis l'entrée en fonction en tant que Secrétaire général du Parti, le Président Xi Jinping a préconisé de construire une communauté d'avenir partagée pour l'humanité. C'est une solution chinoise proposée au monde entier pour résoudre les enjeux majeurs actuels de notre temps. Les essences de cette proposition résident dans la construction d'un monde de paix durable, de sécurité universelle, de prospérité commune, ouvert et inclusif, propre et beau. Ce sont les objectifs poursuivis par tous les pays du monde. La Chine s'en tient à poursuivre une voie de développement pacifique. Nous poursuivons une politique étrangère qui consiste au principe de non-confrontation, de non-conflit et de coopération gagnant-gagnant avec tous les pays du monde. Ce sont des messages livrés par le Président Xi Jinping au monde.

Q : Il y a eu 18 mois au cours desquels la situation internationale et notamment sanitaire est très compliquée. Quel bilan tirez-vous de ces 18 mois, notamment sur le rôle que la Chine a eu à la fois dans la gestion sur le plan intérieur et sur le plan extérieur ?

R : Les 18 derniers mois étaient vraiment une période très impressionnante tant pour la Chine que pour le monde. Parce que tous les pays du monde ont passé une période difficile de la pandémie de la COVID-19.

La Chine a été le premier pays à rencontrer et à signaler le nouveau coronavirus. Je me rappelle qu'au début de l'année dernière, la Chine était en épicentre de l'épidémie. À cette époque-là, la Chine était vraiment très difficile. Mais heureusement, le gouvernement chinois a tout de suite pris les mesures les plus complètes, les plus rigoureuses et les plus strictes pour contenir et contrôler ce virus. Le gouvernement a décidé de confiner toute une ville d'une population de 10 millions d'habitants, à savoir Wuhan, et toute la province du Hubei. Le gouvernement chinois a aussi mobilisé toutes les forces du pays pour venir en aide à Wuhan et la province du Hubei. On a au total mobilisé plus de 40 000 personnels soignants dans la province, construit en une dizaine de jours deux hôpitaux standards de maladies infectieuses dotés respectivement de 1 000 lits à Wuhan et construit aussi 16 hôpitaux de fortune munis de 13 000 lits pour recevoir les malades légers. Avec ces mesures très strictes et très rigoureuses, le gouvernement chinois a réussi à contenir et maîtriser cette épidémie en quelque deux mois. On peut dire que maintenant l'épidémie est presque éradiquée en Chine. Chaque mois, il y a seulement quelques cas contaminés sporadiques et quelques dizaines de cas contaminés importés. On a la capacité de les contrôler. Il n'y a pas de problème.

Avec la maîtrise de l'épidémie, l'économie chinoise a été la première à sortir de la crise. Pendant le premier trimestre de l'année dernière, l'économie chinoise a connu une récession de plus de 6%. Mais à partir du deuxième trimestre, la croissance retrouve le positif. L'année dernière, le PIB de la Chine a enregistré quelque 2,3% de croissance. La Chine est la seule économie majeure du monde à enregistrer une croissance positive l'année dernière. Cette année, l'économie chinoise continue la croissance. Pour le premier trimestre de cette année, on a enregistré une croissance de plus de 18%. Pour toute l'année, des institutions internationales prévoient que la Chine va avoir une croissance du PIB de 8,3%.

Donc on peut dire que la situation en Chine est assez bonne. Mais dans la foulée, la Chine rencontre des difficultés de la part des médias. Depuis le début de l'année dernière, lorsque la Chine a été en épicentre de l'épidémie, on a fait l'objet des attaques médiatiques, surtout de la part des pays occidentaux. Ils nous accusaient de ne pas réagir assez vite, de dissimuler les chiffres et de faire du retard. Ils croient que la Chine se trouve à un « moment de Tchernobyl ». Et surtout les dirigeants américains de ce temps-là nous accusaient de « créer le virus » et de « fuite du virus du laboratoire ». Pendant toute l'année, on est en combat contre ce genre de « virus politique ».

Mais en effet, la Chine a fait beaucoup de contributions à la réponse sanitaire du monde contre cette épidémie. La Chine a fourni aux 150 pays du monde des fournitures médicales. L'année dernière, on a fourni plus de 280 milliards de masques, plus de 4 milliards de kits de test et plus de 3,4 milliards de combinaisons de protection aux pays du monde. Quand la Chine a développé et mis au point des vaccins, on a fourni aussi des vaccins aux pays pauvres et pays en développement. Nous avons fait don de vaccins à plus de 80 pays en développement et exporté des vaccins à 43 pays du monde, au nombre total de 350 millions de doses en combinaison.

On est accusé encore de « diplomatie de masques » et de « diplomatie de vaccins ». Mais on s'en fout. Parce que ce que la Chine veut faire, c'est contribuer à la réponse du monde à cette pandémie. La Chine défend le multilatéralisme dans cette lutte contre la pandémie. Nous nous employons toujours à faire la coopération dans la solidarité avec tous les pays du monde, y compris la France. L'année dernière, le Président Xi Jinping restait en contact permanent avec le Président Emmanuel Macron, même s'ils ne pouvaient pas se rencontrer en présentiel. Ils avaient plusieurs conversations téléphoniques. Les deux dirigeants restent en échange stratégique sur tous les sujets majeurs du monde et sur le plan bilatéral. C'est très important pour nos deux pays et pour que les relations bilatérales se développent toujours sur la bonne voie.

Q : Comme vous l'avez dit, la Chine a été beaucoup attaquée sur le virus au début de la pandémie. Ça a continué tout au long de l'année et ça continue - c'était sous la présidence de Donald Trump dans un premier temps et aujourd'hui sous la présidence de Biden - puisqu'il y a quelques jours, lors du sommet du G7, les pays qui en sont membres ont demandé une nouvelle enquête sur l'origine du virus, estimant que la Chine ne faisait pas son travail en termes de transparence. Et quelle solution on peut éventuellement trouver dans une telle situation ?

R : Effectivement, la Chine fait l'objet toujours des attaques gratuites sans fondement. Le fait est que le groupe d'experts conjoint OMS-Chine a fait une visite de recherche d'étude en Chine au début de cette année et que la Chine a fourni le maximum de facilités aux travaux du groupe d'experts et a montré pleinement son attitude d'ouverture, de transparence et de responsabilité. Suite à l'accord conclu en juillet dernier avec l'OMS sur les termes de référence, la Chine a mobilisé des centaines de scientifiques qui ont fait de leur mieux pour collecter et répertorier des données et en faire des analyses préliminaires. Elle a montré aux experts de l'OMS, point par point, toutes les données brutes nécessitant une attention particulière. Les experts internationaux, de leur part, ont dit et redit publiquement qu'ils avaient eu des discussions amples et franches avec la partie chinoise au sujet des données. Les experts de l'OMS ont visité des établissements tels que le CDC provincial du Hubei, le CDC municipal de Wuhan et l'Institut de la virologie de Wuhan (WIV), ainsi que divers laboratoires de biosécurité, et ils ont eu des échanges scientifiques approfondis, sincères et fran